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EDITO

L’année 2015 aura-t-elle marqué un tournant quant à la prise de conscience des dangers auxquels  sont confrontés de nombreux enfants étrangers dans notre pays ? L’exil vers l’Europe auquel se résignent de nombreuses personnes qui fuient un pays en guerre ou des régions qui du monde qui n’offrent que peu de perspectives aux personnes qui y vivent, a en effet été un sujet d’actualité marquant tout au long de l’année. L’opinion publique semble ainsi avoir réalisé les dangers induits par les traversées de la Méditerranée, dangers auxquels s’exposent un nombre croissant de familles et donc d’enfants.  En France comme ailleurs, il aura fallu la publication d’une photographie pour que beaucoup ouvrent les yeux sur une réalité pourtant décrite depuis de nombreuses années. Pour  autant, malgré l’émotion suscitée par cette image évidemment bouleversante, le sévère quotidien du terrain semble avoir repris le dessus.

Notre activité n’a pas encore été impactée par l’augmentation du nombre de personnes ayant pris les nombreuses routes menant à l’Europe. Nous avons cependant pu constater à de nombreuses reprises comment les événements et les traumatismes  vécus lors de ces« voyages » avaient pu marquer certaines et certains. Et dans la continuité des  années précédentes, nous avons également été témoins d’imbroglios administratifs et juridiques  parfois révoltants puisqu’ils condamnaient des jeunes à une errance les exposant à de nombreux dangers (vie à la rue, exploitation). Comme chaque année depuis des années, nous avons également été confrontés au déroutant fatalisme des enfants vivant en bidonvilles qui savent inéluctable  l’énième expulsion de leur lieu de vie. Pour les plus fragiles et les plus exclus, chaque expulsion les éloignera encore un peu plus de la possibilité d’avoir le droit à une vie d’enfant. Et cette année  encore, nous avons été témoins des violences subies par des enfants parfois très jeunes contraints par des tiers à voler ou encore à se prostituer et pour lesquelles toutes prises en charge s’avère parfois très difficile à mettre en œuvre.

Ce contexte, marqué par une prise de conscience générale   mais partielle quant à des phénomènes qui touchent de nombreux enfants dans notre pays, aurait pu favoriser l’émergence d’une politique publique favorisant la protection effective des mineurs  étrangers en danger. Nous constatons malheureusement que tel n’est pas encore le cas : des  discussions constructives ont été menées pour obtenir la mise en place d’un dispositif expérimental de protection des mineurs présumés victimes de la traite des êtres humains. A l’origine des analyses et des propositions qui se mettront en œuvre en 2016, Hors la Rue considère que d’autres avancées doivent être obtenues, comme la reconnaissance du statut de victimes de ces enfants protégés au titre de l’enfance en danger. Par ailleurs, si la loi sur la protection de l’enfance a pu permettre la relance du dispositif de répartition des mineurs isolés étrangers sur l’ensemble du territoire, aucune avancée significative n’a été obtenue sur le contenu et les modalités des évaluations auxquelles sont soumis les mineurs non accompagnés. Aucune avancée – voire des reculs - quant à la situation des jeunes évalués majeurs mais qui cherchent à faire reconnaître leur minorité par un juge. La zone de non droit dans laquelle ils sont maintenus durant cette attente persiste, s’élargit et continue à avoir de graves conséquences pour ces jeunes migrants. Enfin, la situation des enfants vivant en bidonvilles bien que de plus en plus dramatiques, continue de susciter l’indifférence. Les familles expulsées de leurs lieux de vie sont toujours très nombreuses. Le développement social, affectif, psychologique des enfants s’en trouve évidemment altéré sans que la mobilisation ne parvienne à dépasser les associations et les bénévoles intervenants auprès de ces familles depuis plusieurs années. 

La décision du Conseil d’Etat concernant la jungle de Calais et enjoignant l’Etat à procéder à l’installation de sanitaires ainsi qu’au ramassage des ordures permet cependant de révéler que c’est bien le non respect par l’Etat et les collectivités de certaines dispositions légales qui accroît la précarisation des conditions de vie des personnes vivant en bidonvilles, et favorise l’emprise de personnes qui n’hésitent pas à tirer parti de cette immense détresse. Nous avons donc écouté avec intérêt les prises de parole s’agissant des mineurs non accompagnés qui se trouveraient dans les différents sites du Nord et du Pas de Calais.

Aux responsables nationaux et locaux, nous souhaitons cependant répéter que, de Calais à la Courneuve, en passant par Marseille et Champs Sur Marne, sans oublier les nombreux territoires où sont installés des bidonvilles ou des squats, l’amélioration des conditions de vie des enfants doit primer sur toute autre considération. C’est une partie du message parfois cinglant que le Comité des Droits de l’Enfant de l’ONU a adressé à la France dans ses recommandations de février 2016. Espérons qu’après le choc émotionnel viendra le temps de l’action.

Edouard Donnelly, président de l'association

Consulter le Rapport d'activité 2015.

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La principale préoccupation que nous avons aujourd’hui est l’apparition et la très forte augmentation de jeunes mineurs en situation de traite et de prostitution. En 2009, sur les 270 nouveaux jeunes que nous avons rencontrés, plus de 40, c’est énorme, se livraient à des activités de prostitution. Face à cette situation grave et très préoccupante, nous devons redoubler d’efforts pour inventer les moyens les plus pertinents et les plus efficaces permettant de sortir au plus vite les enfants de ces situations abjectes.

Ces jeunes ont besoin de l’intervention et des compétences de tous, institutions, services sociaux, police, associations pour parvenir aux meilleures solutions. Mais la mobilisation de l’ensemble des acteurs n’est pas encore selon nous au niveau des enjeux ; les situations de traite et de prostitution sont encore niées parfois et un climat tendu s’est installé autour de la question de la prise en charge des roms dont sont issus nombre des mineurs en danger que nous prenons en charge.

Par ailleurs, la France s’apprête à ratifier un accord de 2007 avec la Roumanie portant sur le retour des mineurs roumains isolés. Nous nous opposons fermement à cet accord qui intervient sans évaluation préalable du dispositif déjà en place et qui ouvre la voie à une possibilité d’expulsion pure et simple des mineurs, en contournant l’autorité du Juge pour enfant et l’obligation d’enquête préalable. Or si le retour au pays fait bien parti du panel de solutions que nous pouvons proposer aux jeunes, ce n’est pas le seul et souvent pas le plus adapté.

Pour poursuivre nos actions et notre mobilisation, nous avons besoin du soutien le plus large, moral, technique, comme financier. Nous vous remercions par avance pour la contribution que vous voudrez bien apporter à nos projets pour ces enfants.